Témoignage d'1 parcours scolaire

Publié le par Catherine TARDY

TEMOIGNAGE D’1 PARCOURS SCOLAIRE

       Je souhaite à travers cette lettre lancer un petit message d' espoir et faire part de mon expérience personnelle afin de donner du courage à tous ceux qui parfois (et même souvent) sont inquiets ou découragés pour leurs enfants.

Je suis enseignante dans un collège où nous avons depuis quelques années un projet "dys":je suis aussi parent de 2 enfants "dys":l' un d' entre eux et sévèrement atteint.C'est de lui dont il s'agit dans cette lettre.

Arthur a été détecté au CP;à cette époque(97)les avancées en matière de troubles de l'apprentissage n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. Quand  vous êtes parent et que l'on vous annonce que votre enfant est"dys" vous vous demandez en quelle langue on vous parle!

Je ne m'épancherai pas sur la période du primaire où Arthur a eu à affronter des institutrices et instituteurs  tantôt ouverts, tantôt fermés à tous ces problèmes.

Tout au long de ces années,j'ai appris moi-même à me construire face à ce handicap,j'ai adhéré à l'association Apedys, j'ai été soutenu par l'orthophoniste, le centre du langage.....

Cette construction ,cette acceptation du handicap, vous l'imaginez n'a pas été sans souffrance, doute et découragement;seule face à ce problème,j'ai choisi l'option de me battre pour mon enfant:je me suis documentée,renseignée,j'ai rencontré souvent ces maîtresses et  ces maîtres,j'ai souvent entendu des bêtises du style:"Arthur est un élève moyen,il sera toujours un élève moyen...!".J'ai beaucoup pleuré.

Sortie de ces années,inutile de vous dire à quel point l'entrée en 6° a été pour moi source d'angoisse:angoisse qu'il ne s'en sorte pas,angoisse qu'il souffre,angoisse qu'il n' ait pas suffisamment de temps bref angoisse de tout! C'est vrai que la grande chance d'Arthur,c'est d'être venu dans le collège où j'enseigne. J'étais tellement angoissée que cela me rassurait de savoir qu'il était proche de moi (je ne le lui aie jamais imposé,c'était avec son accord et je pense que lui aussi ça le rassurait).

Il n'a pas eu plus de faveur,tous les élèves "dys" du collège ont bénéficié des mêmes aménagements;j'étais par contre à la fois enseignante et parent dans ce même collège,suffisamment proche pour expliquer à mes collègues ce que je vivais au quotidien.

Arthur a effectué 4 années collège remarquables. Encadré,soutenu,bénéficiant le plus souvent d'aménagements pédagogiques;même si tous les enseignants n'adhéraient pas,nous avons choisi de regrouper ces enfants dans une même classe avec des enseignants volontaires pour travailler avec eux.

J'ai vu au fur et à mesure mon fils prendre confiance en lui ,je l'ai vu réussir,être fière de ses résultats d'autant qu'à la maison tout le monde l'encourageait. On ne cessait pas de la valoriser. Néanmoins,j'ai toujours été très exigeante avec lui. Je savais,je voyais à quel point son handicap le perturbait mais je ne lui donnais aucune excuse lorsque des problèmes de comportement surgissait. Mon discours était clair:ce que l'on donnait(des aménagements,des professeurs qui passaient beaucoup de temps pour préparer les cours et les évaluations...)il se devait de le rendre par un comportement et une attitude exemplaire face au travail.Etant tous à son écoute,il n'avait aucune raison de fuir dans des comportements déviants.Je reconnais que j'ai dû très rarement intervenir.

Arthur termine ses 4 années collège;il était cette année en 3°:épreuve du brevet;orientation bref année difficile.J'ai compris que toujours dans l'effort depuis le CP,il était "fatigué"(ce sont ces mots),il ne souhaitait pas aller en 2nde.J'ai entendu et compris,le système scolaire n'est pas fait pour des enfants qui  sortent de la norme,et au lycée n'en parlons pas..!

Nous avons travaillé toute l'année,non sans mal,sur l'orientation;j'ai découvert un enfant volontaire,responsable,qui s'est pris en charge;le cheminement ne s'est pas fait en un mois mais tout au long de l'année.Sans choisir à sa place,il a fallu le guider,ouvrir son champ d'investigation....Aujourd'hui il semble avoir trouvé sa voie,un BEP où il pourra travailler dehors.

Quant aux résultats scolaires,je crois qu'Arthur a effectué en 3° sa meilleure année.Il est tombé sur des enseignants remarquables,certains ont même joué le ^rôle de secrétaire,ce que nous avons demandé et obtenu pour le brevet.Il termine avec seulement 9 points à rattrapper pour l'avoir...!

Alors, pourquoi, me direz-vous, vous ai-je raconté tout ça ?

Je n'imaginais pas à l'entrée de la 6° qu'il en sortirait aussi fort,grandi.Je suis fière de lui, je ne regretterai jamais tous les efforts que j'ai faits pour lui;j'ai pourtant souvent entendu:"tu l 'assistes trop, arrête de le "cocooner",laisse le se débrouiller".Tout au long de son développement, je me suis souvent posée cette question:où trouver la limite entre l'aider ou le rendre responsable, le laisser se débrouiller. Aujourd'hui je ne regrette rien de mon investissement, quand je vois le résultat...toutes les heures passées pour lui ne comptent pas. Alors, ne vous posez plus ces questions, vous parents d'enfants "dys" à qui l'on répète qu'il faut qu'ils se débrouillent seuls.

Arthur s'est épanoui parce qu'on lui a fait confiance, il s'est épanoui parce que nous avons cru en lui ,en ses capacités:capacités qui n'étaient pas remises en cause d'ailleurs mais qui ne pouvaient pas s'exprimer.

Il s'est épanoui parce que nous l'avons soutenu, aidé, parfois  porté. Il s'est épanoui parce que nous avons toujours été à son écoute surtout dans les grands moments de faiblesse. Rassurez-vous aussi quand un enfant "dys" est mis sur le bon chemin dès le départ, qu'il "sent" tout ça,il sait de lui même quant il faut commencer à se responsabiliser, commencer à prendre de la distance;dès la classe de 4° je me suis nettement moins investie dans la scolarité d'Arthur, il me faisait clairement comprendre qu'il était temps que je lui fasse confiance.

Ca n'a pas été facile pour moi:la peur qu'il n'y arrive pas ressurgissant.

Encore une fois quand je vois le résultat..!

N'ayez donc pas peur de trop en faire, croyez en eux, faites-leur confiance, soyez en même temps exigeants avec eux.

Avec le recul, je dirais aujourd'hui qu'en croyant en son enfant, avec des enseignants volontaires prêts à s'investir avec eux(et il y en a)toutes les portes sont ouvertes.

Evidemment il faut beaucoup de soi même:les déplacements chez l'orthophoniste par ci, l'aide aux devoirs par là, les démarches auprès des profs pour se faire entendre, les démarches administratives pour les aménagements. Je n'ai jamais rien attendu des autres, j'ai toujours fait ce qu'il fallait pour qu'Arthur ait les meilleures chances de réussir.

Si vous savez aujourd'hui comme je suis fière de lui, je suis heureuse quand j'entends dire ça et là que mon fils est devenu mature, responsable qu'il est bien dans sa peau. Un parent peut-il entendre meilleur discours pour son enfant ?

Aujourd'hui  une page se tourne, je considère que mon "accompagnement" se termine petit à petit, Arthur va continuer son chemin lui aussi petit à petit. Bien sur je serai là attentive, vigilante sans lui mettre trop de pression, exigeante car comme tout parent je veux le meilleur pour mon enfant mais surtout à l'écoute de ses doutes, de ses peurs ou de ses angoisses car son chemin est encore long.

Je suis bien consciente que nos enfants sont "cocoonés" au collège et qu'après il n'en est pas de même. Et alors ? La vie est assez difficile comme ça, elle l'est déjà pour eux qui ont du mal à lire et à écrire.

Je considère que si on peut leur apporter un peu d'aide, un peu de soutien pour qu'ils trouvent le chemin de la réussite et l'estime d'eux-mêmes, notre rôle à nous parents et enseignants est de les conduire sur ce chemin tout en les préparant à affronter la dureté de la vie. Mais au fond ne le sont-ils pas déjà avec leur handicap ?

Je pars en vacances soulagée, à chaque fois c'est une délivrance pour moi, car je vais enfin profiter de mes enfants en dehors du contexte scolaire...en attendant la rentrée et d'autres sources d'angoisse.....

Catherine Enseignante au collège Chartreuse et parents de 2 enfants dyslexiques

 

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claire 22/07/2016 10:02

article émouvant, j'ai également un fils dyslexique et il est vrai qu'en dehors des classes adaptés, l'apprentissage est plus difficile

AEDS 44 10/09/2013 15:48

Madame,
Je me permets d'intervenir sur votre publication.
Cela fait plusieurs années que j'interviens auprès d'enfants dyslexiques. Le but de mon intervention est de partager sur une méthode mise au point par la Centre canadien de la dyslexie. Cette
méthode, l'enseignement multisensoriel Simultané, existe depuis plus de 20 ans au Canada. Elle a été élaborée par Louise Brazeau. Elle permet l'apprentissage de la lecture et de l'écriture chez les
enfants et adultes dyslexiques. J'ai été moi-même formée à cette méthode par le Centre canadien et ai pu l'utiliser avec de nombreux enfants dyslexiques. Les résultats étaient au-delà de mes
espérances. Il faut également savoir que cette méthode est la seule reconnue par le gouvernement canadien.
Voilà, je pense que cette méthode gagne à être connue, pour son efficacité.
Si toutefois vous étiez intéressée pour échanger sur ce sujet, je serais ravie de vous donner plus d'information
Cordialement,
Emmanuelle Barcq

Michèle R. 16/08/2013 16:37

Bonjour,

Mon fils est dyslexique et dyspraxique. Finalement, on a décidé de le mettre dans une structure spécialisée privée parce qu'il rame beaucoup trop en classe et sa vie en est très affectée.

On n'a pas besoin de s'expliquer, on se comprend je pense. Des parcours similaires, quelque soit le pays, une angoisse pour l'avenir. Ce qui me rassure c'est que mon beau-frère dyslexique sévère
qui a doublé en primaire a fini par faire une double licence math et physique, avec en prime un doctorat en physique.

Les enfants hors normes ont des difficultés scolaires car l'école est faite pour les élèves standard, ce qui est normal puisqu'ils sont majoritaires mais elle devrait s'ouvrir à des modes
d'apprentissages alternatifs pour les enfants en difficulté (effectifs plus petits pour commencer!). Ma fille, elle, est ce qu'on appelle à haut potentiel et bien son parcours aussi est difficile.
Ils ont un mode de pensée différent (intuitif et en arborescence) ce qui fait que l'école ne leur va souvent pas très bien. Elle si timide a fait une phobie scolaire et on a dû à contre coeur la
faire sauter d'un degré alors que l'on sait bien que ce n'est pas une solution. Bon courage pour la suite!

saltelgotati 02/04/2013 22:53

C'est vrai que c'est dur. Merci pour ce message d'espoir.

marilyne 21/04/2011 14:27


Bravo pour tout ce que vous faites. Je vis les mêmes soucis avec 2 enfants dys dont un garçon dys très sévère. En lisant vos propos, je me sens moins seule...